Schedule a meeting
Back to insights

Covid-19: Remèdes et complots de la twittosphère francophone

coronavirus-4945416
  • AI
  • conspiracy theories
  • pandemic
  • social media analysis
coronavirus-4945416

Textgain s’est donné pour mission de détecter et combattre la prolifération de désinformations et de discours polarisants sur différentes plateformes du Web. L’actuelle crise du coronavirus ne fait pas exception et de nombreuses fausses informations se répandent sur les réseaux sociaux. Notre data scientist Pierre Voué s’est penché sur la question.

En temps de crise et en l’absence de solution, peurs et inquiétudes s’emparent légitimement de la population. Pourtant, toutes légitimes fussent-elles, ces craintes amènent immanquablement dans leur sillage leur lot d’effets secondaires, et la crise du coronavirus (Covid-19) ne déroge pas à la règle. Ainsi il n’est guère surprenant de voir pulluler sur les réseaux sociaux différents remèdes et solutions à la maladie, quand bien même les plus hautes autorités sanitaires mondiales l’affirment et le répètent : il n’existe pour l’heure aucun traitement de fond, patience et prudence sont donc de mise. Toutefois, la parole de ces autorités est mise en doute par une défiance généralisée nourrie par diverses théories du complot. Hoe extremisten dit doen, kan je ontdekken tijdens dit webinar.

Nous proposons ci-dessous une analyse quantitative des différents remèdes mentionnés par les utilisateurs de Twitter entre les mois de janvier et mars 2020. Le présent article s’inspire de l’analyse de même nature réalisée pour l’anglais et le néerlandais par Elizabeth Cappon. Le graphique ci-dessous expose les mentions conjointes du terme « corona » et de chacun des mots repris en abscisse. À des fins de visualisation, nous ne gardons ici que les termes dépassant un seuil d’occurrences de 15. Parmi les remèdes identifiés non affichés se retrouvent, entre autres, les rayons du soleil, la vitamine D, la Bible, les rayons infrarouges, l’origan ou encore l’aromathérapie.

Mentions conjointes au terme « corona »

Chloroquine et complots

La désormais célèbre substance antipaludique n’a eu de cesse de faire couler l’encre depuis que certaines personnalités fortement médiatisées telles que le Pr Didier Raoult ou Donald Trump himself en ont vanté les vertus curatives. En réaction, les sceptiques s’irritent du manque de tempérance scientifique de ces hérauts et se gardent bien de se prononcer quant à l’(in)efficacité de la chloroquine. Des essais cliniques sont en cours pour mettre un terme scientifique à ce houleux débat, mais ces choses-là prennent du temps et nous n’aurons aucune réponse certaine dans un avenir proche. Une chose est sûre, en tout cas : il s’agit de la substance la plus commentée de la twittosphère francophone.

Les tweets traitant de la chloroquine présentent une caractéristique récurrente : le ton du complot et du mystère. Il n’est pas rare de lire que la chloroquine est effectivement un traitement miracle, lequel nous est cependant refusé, tantôt par l’État, tantôt par l’industrie pharmaceutique, assistés dans leur sombre projet par les médias ou cet énigmatique « on ».

Aliments du quotidien

Il peut parfois être rassurant de s’en remettre à des recette maison familières plutôt qu’à des médicaments aux molécules inconnues. Ainsi l’on retrouve de nombreux aliments de consommation courante, souvent concoctés de concert par certains apothicaires amateurs. Parmi ces aliments se retrouvent, en vrac : le citron, le miel, le gingembre, le sel ou la banane mais aussi de plus exotiques tels que le clou de girofle ou le curcuma. Si certains conseillent de bonne foi ces produits pour soulager les symptômes de la maladie, d’autres utilisateurs moins scrupuleux n’hésitent pas à clamer avoir trouvé l’ultime remède et monétiser leur trouvaille.

Religion et spiritualité

Moins pragmatiques peut-être, certains préfèrent se tourner vers le spirituel pour prévenir ou guérir le mal. C’est ainsi qu’une forte proportion des termes analysés appartiennent à ce champ lexical : « prière », « prier » ou « Coran » s’y retrouvent. Se tourner vers sa foi peut apporter au croyant un soutien mental nécessaire durant cette période troublée, particulièrement compte tenu du confinement et de ses potentielles répercussions psychologiques. Dans le même ordre d’idée, on retrouve la méditation et le jeûne, deux pratiques pouvant s’inscrire dans un cadre religieux ou non, et pour lesquelles un lien avec un renforcement du système immunitaire a déjà pu être démontré. Cependant, ces pratiques plutôt spirituelles, à l’instar des remèdes factices d’ailleurs, pourraient nourrir un faux sentiment de sécurité chez les éventuels malades et les dissuader de se tourner vers une aide médicale en cas de besoin.

Remèdes exotiques et divers

Enfin se retrouvent des méthodes plus aventureuses qui préconisent, par exemple, d’utiliser de l’urine de chameau ou d’inhaler des vapeurs d’eau de javel. Si l’on peut raisonnablement espérer de la première qu’elle tienne de l’humour, la seconde pourrait entraîner des accidents domestiques qui mobiliseraient des services d’urgence déjà fort sollicités. Fort heureusement, ces catégories sont plus marginales que les précédentes. Gageons que les utilisateurs de Twitter pourront discerner leur caractère inepte, absurde, voire franchement dangereux.

Les remèdes made in Twitter sous la loupe des chercheurs

Pour terminer, nous nous penchons sur la fréquence d’apparition de ces fake cures dans la littérature scientifique portant sur les traitements conventionnels contre la grippe. À cette fin, nous avons mis à contribution un ensemble de 11 471 publications issus de la recherche universitaire traitant du Covid-19 et de virus apparentés. Ces articles proviennent de l’ensemble de données COVID-19 Open Research Dataset (CORD-19), publié par l’Allen Institute for AI

Pour l’heure, il n’existe encore aucun médicament ou vaccin officiel contre les coronavirus SARS.

Les traitements établis consistent principalement en l’injection de stéroïdes anti-inflammatoires, l’oxygénothérapie, l’administration d’antiviraux ainsi que d’antibiotiques pour combattre une éventuelle infection bactérienne. Ces traitements sont très fréquemment évoqués dans la littérature officielle. Les vaccins, d’abord (5947 occurrences), suivis des antibiotiques (2369), de l’oxygène (1783) et des stéroïdes (967). Les autres médicaments contre la grippe approuvés par la communauté médicale s’y retrouvent également, dans une moindre mesure toutefois.

Traitements conventionnels dans la littérature médicale

Pour ce qui est des remèdes proposés par les utilisateurs de Twitter, il ressort que certains des produits les moins populaires sur Twitter sont parmi les plus mentionnés dans les publications scientifiques : la lysine (796 occurrences), le zinc (682), le bicarbonate de soude (350), le magnésium (310) et la thérapie à rayons infrarouges (273). Des aliments plus courants tels que le citron, le gingembre, le miel ou encore l’huile de CBD ne sont pas en reste et se retrouvent à une fréquence comparable (entre 100 et 300 occurrences) à celle de molécules en vente libre telles que le paracétamol ou l’ibuprofène.

La prière est, quant à elle, une voie que la recherche explore moins, bien qu’elle soit mentionnée 18 fois. En effet, seules trois études se sont véritablement penchées sur l’effet cette pratique sur la maladie. Notons que la cocaïne revient 36 fois, soit 10 fois plus que l’acide acétylsalicylique, le principe actif de l’aspirine. Cette drogue dure est principalement mentionnée dans un contexte de médicaments visant à lutter contre une dépendance. Enfin, la quinine fait l’objet de 30 mentions, tandis que l’on retrouve par six fois « seulement » l’argent colloïdal, l’eau salée et le dioxyde de chlore.

Globalement, 25 des remèdes apparaissant sur Twitter ne sont jamais mentionnés dans la littérature scientifique, tandis que 61 d’entre eux s’y retrouvent moins de 10 fois. Il convient ici de noter que la mention d’une substance dans une publication scientifique ne signifie pas un quelconque effet dans le traitement du coronavirus. Enfin, faisons remarquer que nous nous basons ici seulement sur le nombre d’occurrences des différents remèdes et substances sans tenir compte du contexte dans lequel ils sont employés.